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15/12/2010

La Région Savoie, pourquoi pas ?

 

SavoieBlason.jpeg2010 est l’année du 150ème anniversaire de l’Annexion de la Savoie à la France. C’est aussi l’année des élections régionales. Ce peut être aussi l’occasion de se pencher sérieusement sur la question de la création d’une région Savoie.

Pour de sombres calculs de politique locale une très courte majorité des conseillers généraux des deux départements de Savoie ont refusé la création d’une région Savoie en 1973. Aujourd’hui subsiste de cet acte manqué l’Assemblée des pays de Savoie.1

C’est en 1958 que fut confié à un obscur fonctionnaire, un certain Serge Antoine2, le soin de découper la France en 22 régions. Il s’inspire des différents découpages arbitraires créés pas les administrations étatiques. Ses critères sont essentiellement fondés sur une vision centralisatrice. Au fil des années, un souci d’efficacité va peu à peu favoriser une certaine déconcentration des pouvoirs. Contrairement à certaines régions comme la Lorraine, l’Alsace ou les deux régions normandes, la région Rhône-Alpes est une pure invention bureaucratique fondée uniquement sur des critères cartographiques et économiques. Si la loi de décentralisation du 2 mars 1982 consacre un certain degré de subsidiarité, elle renforce ainsi l’entité administrative Rhône-Alpes en lui apportant un vernis de légitimité.

Alors que l’on aurait espéré une plus grande prise en compte des aspirations des provinces de France, au détriment des départements de la République, le rapport du Comité pour la réforme des collectivités locales présidé par Edouard Balladur remis le 5 mars 2009 au président de la République préconise au contraire la fin définitive des provinces, dont beaucoup survivaient malgré tout dans les régions, en appelant à la création de 15 grandes régions.

Inspirée par le rapport Attali, la logique du rapport Balladur semble lui aussi tendre vers la «suppression progressive» des départements, pris en étau entre le développement des structures intercommunales et l'essor des régions, favorisés par la construction européenne au détriment de la Nation qui risque de voir disparaître encore plus vite ses identités provinciales qui faisaient la richesse de l’identité nationale. Dès 2014, ils ne devraient plus y avoir ni conseillers généraux, ni conseillers régionaux mais des « conseillers territoriaux » issus des départements qui siégeraient au sein de l’assemblée d’une super région…et il n’y aura sans doute personne pour pleurer la défunte Rhône-Alpes, Lyon devenant la « métropole » régionale  (tant pis pour la Savoie, pour Clermont et l’Auvergne).

 

C’est précisément pour lutter contre ces remembrements bureaucratiques que les Savoyards doivent faire valoir leur droit à une région.

En mesure de revendiquer une forte identité, la Savoie, avec ses mille ans d’histoire n’a rien à envier aux plus vieilles provinces de France, et même à beaucoup d’Etat européens. Elle a aussi une identité géographique que personne ne peut nier.

La taille, le nombre d’habitants et le poids économique sont les principaux arguments avancés par les pourfendeurs des identités provinciales pour justifier leur souhait d’élargir les régions. La Savoie n’a pas de complexes à avoir sur sa superficie, sa démographie et sur sa santé économique par rapport à d’autres régions françaises (Le Limousin, la Franche-Comté, la Corse , etc) ou européennes, on pense à la région autonome de la Vallée d’Aoste, (3 262 km2 et 125 000 habitants contre  10 416 km2 et 1100 000 habitants pour les deux départements savoyards3. On peut aussi évoquer une dizaine de pays européens moins peuplés qu’elle, comme par exemple le Luxembourg.

 

Sur le plan économique la Savoie a un tissu de PME développé, des ressources en énergie excédentaires, un tourisme florissant, un excédent commercial élevé supérieur à de nombreux états européens. La vieille idée d’affirmer que la taille d’une région ferait sa force est un argument inopérant ; ce sont les compétences, les maillages économiques, les atouts touristiques, etc. qui font la force d’un pays ou d’une région. La grande taille n’a jamais été synonyme d’efficacité.

Si les Savoyards laissent faire, la réforme annoncée pour 2014 verra les deux départements savoyards s’unir en un département. Cette unité de façade qui aura été interdite à la Savoie pendant 150 ans réjouira certains mais ses compétences seront encore plus réduites qu’aujourd’hui puisqu’il ne restera à ce grand département que la gestion du RMI, du RSA, l’entretien des routes et des collèges, le financement des maisons de retraites et le droit d’être ponctionné par Lyon devenue l’une des 11 « métropoles régionales ».

Pour la Savoie la région Rhône-Alpes représente un coût, elle ne doit plus être la « vache à lait » des banlieues lyonnaises ou stéphanoises ou des lubies socio-culturelles lyonnaises et parisiennes.

Pour toutes ces raisons, seule une volonté politique pourrait enfin rendre à la Savoie des compétences régionales que ses voisins (Canton de Genève, Vaud, Valais, Aoste et Piemont) ont acquis depuis longtemps avec des libertés encore plus grandes que les régions françaises

 

1 De leur passé commun (jusqu'en 1860), Haute-Savoie et Savoie ont su conserver des liens. Les conseils généraux des deux départements ont collaboré dès 1983 au sein de "l'Entente Régionale de Savoie", pour mener des actions collectives dans les domaines du tourisme, de l'enseignement supérieur, de l'agriculture et de la culture. Un partenariat qui a notamment donné naissance à la Maison de Savoie à Paris, à l'Orchestre des Pays de Savoie, à la Marque Collective Savoie pour les produits agricoles et a aussi permis le développement de l'Université de Savoie.
Aujourd'hui, les deux départements se sont engagés dans un rapprochement institutionnel et ont créé officiellement, le 17 septembre 2001, l'Assemblée des Pays de Savoie. Une initiative originale, destinée à affirmer l'identité savoyarde. Une expérience unique en France.

 

2 « Serge Antoine, l'homme qui a dessiné les régions » par Michel Feltin, L’Express, 15/03/2004

 

3 Alors que le critère de Serge Antoine était de 1 million d'habitants pour la création d’une région, chiffre désormais atteint par la Savoie, le rapport Balladur préconise désormais sans en donner les raisons un seuil minimum de 3 ou 4 millions pour qu’un espace géographique puisse prétendre à devenir une « région ».

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Ma contribution dans le Guide Gallimard

 

 

 

 

 

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